Le géant français du jeu vidéo Ubisoft s’effondre en bourse avec une chute de 39,8% le 22 janvier 2026, la plus forte baisse de son histoire depuis son introduction en 1996. L’action atteint 3,99€, son plus bas niveau depuis 15 ans, suite à l’annonce d’une restructuration massive : annulation de 6 jeux dont le remake de Prince of Persia: The Sands of Time, fermeture de studios, et prévision d’une perte d’1 milliard d’euros pour 2025-2026. Le créateur d’Assassin’s Creed est en mode survie.
- Un effondrement boursier vertigineux
- Des prévisions financières catastrophiques
- Prince of Persia: The Sands of Time Remake annulé, 6 jeux tués dans l’œuf
- Fermetures de studios et restructurations massives
- Une réorganisation en « Creative Houses »
- Un « track record » catastrophique
- Un avenir incertain
- Conclusion : un géant au bord du gouffre
Un effondrement boursier vertigineux
Le 22 janvier 2026 restera gravé comme le jour le plus noir de l’histoire boursière d’Ubisoft. L’action du géant français du jeu vidéo s’est effondrée de 39,83% à la Bourse de Paris, clôturant à 3,99€ contre 6,63€ la veille. Il s’agit de la plus forte chute en une séance depuis l’introduction de l’entreprise sur le marché en 1996. La précédente plus forte baisse datait du 16 octobre 2013 avec « seulement » -26,15%.
La capitalisation boursière d’Ubisoft passe ainsi sous la barre symbolique du milliard d’euros, s’établissant à environ 606 millions d’euros. Un chiffre vertigineux quand on sait qu’en 2018, au sommet de sa gloire, le groupe affichait une valorisation de 11 milliards d’euros. En cinq ans, l’action a perdu 92% de sa valeur. Les investisseurs ont clairement perdu confiance dans la capacité du créateur d’Assassin’s Creed à redresser la barre.
Les analystes ne cachent pas leur pessimisme. Oddo BHF parle d’un « méga profit warning » et évoque un « big reset » qui nécessitera au moins 3 ans avant qu’Ubisoft ne retrouve sa capacité à lancer régulièrement des jeux à succès. Kepler Cheuvreux a abaissé sa recommandation à « réduire » et ramené son objectif de cours de 7 à 5€. TP ICAP Midcap s’inquiète : « La perspective d’un retour à une génération de cash nous semble lointaine et la structure financière devrait de nouveau être fragilisée à court terme. »

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Des prévisions financières catastrophiques
Derrière cette chute boursière se cache une réalité économique brutale. Le 21 janvier au soir, Ubisoft a publié un communiqué dévoilant ses nouvelles prévisions financières pour l’exercice 2025-2026 (clos en mars 2026). Le groupe table désormais sur un net bookings (ventes de jeux, contenus additionnels et abonnements) d’environ 1,5 milliard d’euros, contre une prévision initiale de 1,85 milliard. Soit une chute de près de 19% par rapport aux attentes.
Pire encore : l’EBIT (résultat opérationnel) est attendu à environ -1 milliard d’euros, alors qu’il était précédemment prévu proche de zéro. Cette perte colossale s’explique en grande partie par une dépréciation accélérée de 650 millions d’euros, conséquence directe de l’annulation de jeux et des restructurations en cours. La marge brute devrait également être réduite de 330 millions d’euros.
Face à ce désastre annoncé, Ubisoft a logiquement retiré ses prévisions pour l’exercice 2026-2027 et promet de communiquer de nouveaux objectifs en mai 2026. Autant dire que personne ne sait vraiment où le groupe atterrira dans les prochains trimestres. Pour Lionel Melka, associé chez Swann Capital, cette décision radicale montre qu’Ubisoft est désormais « en mode survie ».
Prince of Persia: The Sands of Time Remake annulé, 6 jeux tués dans l’œuf
L’annonce la plus douloureuse pour les joueurs concerne l’annulation pure et simple de 6 jeux en cours de développement. Parmi eux, un seul avait été officiellement annoncé : Prince of Persia: The Sands of Time Remake. Ce projet, révélé en septembre 2020, avait déjà connu un développement chaotique avec plusieurs reports successifs. Initialement prévu pour janvier 2021, il avait été repoussé à mars 2021, puis à une date indéterminée, avant d’être transféré d’Ubisoft Pune et Mumbai à Ubisoft Montréal en 2022.
Les fans de la licence culte espéraient encore voir ce remake aboutir, mais Ubisoft a tranché : le projet ne verra jamais le jour. Selon l’analyste Florian Michaud, « ce jeu d’aventure ne correspond plus totalement à ce qu’attend le marché du jeu vidéo en 2026, qui fait la part belle aux jeux de tir, de sport ou jouables à plusieurs. » Un aveu d’échec cuisant pour une franchise qui avait pourtant marqué l’histoire du jeu vidéo dans les années 2000.
Les cinq autres jeux annulés n’avaient pas encore été officialisés publiquement. Ubisoft précise qu’il y avait dans le lot trois nouveaux jeux n’appartenant pas à des franchises existantes, ainsi qu’un jeu mobile. Sept autres jeux voient également leurs lancements repoussés, dont un titre « non annoncé initialement prévu pour l’exercice clos en mars 2026, qui a été reporté à celui clos en mars 2027 ».
Seuls quelques projets emblématiques échappent au massacre. Beyond Good & Evil 2, en développement depuis près de 20 ans et devenu une sorte de vaporware légendaire, continue miraculeusement son chemin. Mais pour Lionel Melka, annuler autant de jeux, « c’est jeter beaucoup d’argent à la poubelle » et « ça va faire beaucoup de dommage à leur réputation car il y a un aspect affectif très fort entre les joueurs et certaines sagas populaires ».

PRINCE OF PERSIA
Fermetures de studios et restructurations massives
La purge ne concerne pas que les jeux. Ubisoft a annoncé la fermeture définitive de deux studios : celui d’Halifax (Canada), spécialisé dans le mobile et actée début janvier, et celui de Stockholm (Suède). Plusieurs autres studios subissent des restructurations importantes : Ubisoft Abu Dhabi (Émirats arabes unis), RedLynx (Helsinki, Finlande) et Massive (Malmö, Suède).
Ces fermetures et restructurations s’inscrivent dans un plan d’économies drastique. Ubisoft vise à réduire sa base de coûts fixes de 500 millions d’euros d’ici mars 2028, passant de 1,75 milliard d’euros (exercice 2022-2023) à 1,25 milliard. Le groupe avait déjà annoncé un premier programme d’économies de 100 millions d’euros, qui sera « entièrement réalisé d’ici mars 2026, soit un an avant l’objectif initial ». Mais ce n’était visiblement pas suffisant : Ubisoft s’engage maintenant dans une « troisième et dernière phase » avec un nouvel objectif de réduction d’au moins 200 millions d’euros supplémentaires sur les deux prochaines années.
Le numéro un français du jeu vidéo, qui compte environ 17 000 salariés dans le monde, s’est déjà séparé de plus de 3 000 employés ces dernières années. Les syndicats et les salariés s’inquiètent légitimement de nouvelles vagues de licenciements. « Je suis très inquiet sur l’état de santé du groupe », confie à l’AFP Cédric (nom modifié), salarié au studio parisien d’Ubisoft. « Je peux comprendre l’idée d’aller sur un modèle plus soutenable financièrement, mais ça se fait au prix de beaucoup de licenciements et de fermetures de studios. »

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Une réorganisation en « Creative Houses »
Pour tenter de sortir de la crise, Ubisoft a annoncé une refonte complète de son organisation autour de cinq « Creative Houses » (Maisons de Création), chacune gérant des licences ou des types de jeux particuliers. La plus importante d’entre elles sera Vantage Studios, qui se consacrera aux trois franchises majeures du groupe : Assassin’s Creed, Far Cry et Rainbow Six.
Cette réorganisation vise à mettre fin à la dispersion géographique et organisationnelle qui freinait l’efficacité du groupe. Jusqu’ici, les studios Ubisoft dispersés dans le monde entier travaillaient parfois de manière cloisonnée sur des projets sans véritable vision d’ensemble. En regroupant les équipes par spécialité, le groupe espère rationaliser la production et réduire les coûts de développement.
Mais pour les analystes, cette réorganisation ne produira des effets qu’à long terme. « Il faudra au moins 3 ans pour que la nouvelle organisation permette au groupe de retrouver sa capacité à lancer régulièrement des jeux à succès, renouant avec une croissance durable et une génération de trésorerie robuste », estime Oddo BHF. En attendant, Ubisoft devra naviguer dans une période de turbulences financières et organisationnelles.
Un « track record » catastrophique
Cette énième déception s’inscrit dans une longue série d’échecs pour Ubisoft. Comme le soulignait Barclays en décembre dernier, « au cours des six dernières années, Ubisoft a manqué ses prévisions initiales en matière de net bookings et de résultat opérationnel hors IFRS cinq fois sur six ». Un bilan désastreux qui explique la défiance des investisseurs.
Les dernières sorties majeures du groupe n’ont pas été à la hauteur des espérances. Skull and Bones, en développement depuis près de 10 ans, a été un échec commercial cuisant. Star Wars Outlaws, sorti en août 2024, n’a pas rencontré le succès escompté malgré la licence Star Wars. Même Assassin’s Creed Shadows, prévu pour novembre 2024, a été reporté à mars 2025 (puis à nouveau repoussé), signe que même les franchises phares ne sont plus des valeurs sûres.
Les analystes pointent également du doigt un contexte de marché difficile. Ubisoft parle d’un « environnement de marché durablement plus sélectif » pour justifier ses difficultés. Il est vrai que le marché du jeu vidéo en 2026 privilégie les jeux-service, les FPS compétitifs, les jeux de sport et les expériences multijoueur, là où Ubisoft excelle traditionnellement dans les jeux solo à narration forte. La transition vers de nouveaux modèles économiques (free-to-play, battle pass, live service) s’avère plus compliquée que prévu pour le géant français.

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Un avenir incertain
Pour certains observateurs, Ubisoft est entré dans une « spirale où plus ça va mal, plus les gens partent », selon Lionel Melka. Les meilleurs talents risquent de fuir un navire en perdition, aggravant encore les difficultés du groupe à produire des jeux de qualité. Les partenariats stratégiques évoqués par Ubisoft (notamment pour certains jeux dont les négociations ont été « reportées ») pourraient également tomber à l’eau si les partenaires potentiels jugent le groupe trop fragile.
Pourtant, personne dans l’industrie ne souhaite voir Ubisoft disparaître. Le groupe reste un acteur majeur avec des franchises cultes (Assassin’s Creed, Far Cry, Tom Clancy’s Rainbow Six, Watch Dogs, The Division) et une expertise reconnue dans le développement de jeux AAA en monde ouvert. Mais pour survivre, Ubisoft devra prouver qu’il peut réellement changer sa manière de fonctionner et retrouver la capacité à créer des hits réguliers.
Yves Guillemot, fondateur et PDG d’Ubisoft, tente de rassurer : « L’environnement de marché actuel exige que le groupe change radicalement son organisation et son fonctionnement. Le recentrage du portefeuille aura un impact significatif sur la trajectoire financière à court terme du groupe, en particulier pour les exercices 2026 et 2027, mais ce reset renforcera le groupe et lui permettra de renouer avec une croissance durable et une génération de trésorerie robuste. »
Reste à savoir si les investisseurs, les joueurs et les salariés croiront encore à ce discours. En attendant, Ubisoft traverse la crise la plus grave de son histoire, et l’issue reste plus qu’incertaine.
Conclusion : un géant au bord du gouffre
La chute de 40% en bourse, l’annulation de Prince of Persia: The Sands of Time Remake et de cinq autres jeux, les fermetures de studios, les milliers de licenciements : Ubisoft accumule les mauvaises nouvelles et semble au bord du précipice. Le groupe doit impérativement réussir sa réorganisation et ses prochaines sorties pour espérer retrouver la confiance des investisseurs et des joueurs. Les prochains mois seront décisifs pour l’avenir du géant français du jeu vidéo.



