Test du jeu Harold Halibut

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Harold Halibut n’est pas un jeu comme les autres. C’est une œuvre singulière, à la frontière de l’animation en stop-motion, du roman de science-fiction rétro-futuriste et du jeu d’aventure narratif. Développé pendant plus de 10 ans par le studio Slow Bros., il s’agit d’une prouesse artistique où chaque décor, chaque personnage, chaque objet a été fabriqué à la main, filmé image par image, puis intégré dans un moteur de jeu. Après l’avoir longuement exploré en live sur la chaîne Rogueh24, voici mon test complet. Sorti en avril 2024 sur PC et consoles de nouvelle génération, le jeu est l’unique projet du studio allemand Slow Bros., installé à Cologne, qui a passé plus d’une décennie à bâtir puis scanner les centaines de maquettes qui composent son univers. Autant dire d’emblée que Harold Halibut se juge moins comme un jeu que comme un long métrage d’animation dont on tiendrait la manette : celles et ceux qui attendent des mécaniques, des objectifs et une courbe de progression risquent de rester sur le seuil.

masquerFAQ : Rogueh vous répond
  • Sur quelle plateforme peut-on jouer à Harold Halibut ?Le jeu est disponible sur PC, PlayStation 5 et Xbox Series X/S. C'est une sortie multi-plateforme qui permet à un large public de découvrir cette œuvre unique.
  • Quelle est la durée de vie du jeu ?Harold Halibut propose environ 12-15 heures de gameplay, avec une narration contemplative et un rythme lent qui privilégie l'exploration et les interactions plutôt que l'action pure.
  • Comment se déroule le gameplay de Harold Halibut ?C'est un jeu d'aventure narratif où l'on incarne Harold, un assistant de laboratoire. Le gameplay met l'accent sur la découverte, les dialogues, la résolution d'énigmes légères et l'exploration du vaisseau spatial FEDORA I.
  • Quel est votre verdict final sur Harold Halibut ?Un chef-d'œuvre artistique unique, fruit de 10 ans de développement. Son esthétique en stop-motion, sa narration profonde et son univers mélancolique en font bien plus qu'un simple jeu vidéo, mais une véritable expérience immersive.

Une fable aquatique en apesanteur

Bienvenue à bord du FEDORA I, un vaisseau spatial échoué depuis des générations dans les profondeurs d’un océan inconnu. Ce vaisseau, construit à l’origine pour fuir une Terre condamnée, est devenu une société figée, où les routines s’enchaînent dans un calme artificiel. On y incarne Harold, un assistant de laboratoire maladroit mais attachant, qui mène une existence morne jusqu’au jour où une découverte scientifique inattendue vient bouleverser l’équilibre de ce microcosme sous-marin. Le FEDORA I n’est pas seulement un décor : c’est une petite ville verticale, avec ses quartiers, son administration, son église, son bar, sa jeunesse désœuvrée et ses notables. Le récit prend le temps d’installer cette communauté avant de la secouer, et une bonne partie des premières heures se passe à faire les courses, à porter un message d’un pont à l’autre, à écouter les habitants ressasser un quotidien qui tourne en rond depuis des générations. C’est lent, assumé, et cette lenteur est le sujet même du jeu.

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Harold Halibut
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Un chef-d’œuvre de stop-motion numérique

Ce qui frappe d’emblée dans Harold Halibut, c’est son esthétique. Chaque personnage, chaque meuble, chaque panneau d’affichage, chaque bouton du FEDORA I a été sculpté à la main, puis numérisé et animé image par image. Le résultat est bluffant. On a littéralement l’impression de jouer dans un film d’animation en pâte à modeler, à la Wallace & Gromit, mais teinté de science-fiction mélancolique. La texture, les ombres, les imperfections des matériaux donnent une vie organique à cet univers, comme si on pouvait presque sentir l’odeur de la colle et du plastique recyclé. Techniquement, le procédé impose ses contraintes : les personnages se déplacent avec une raideur de figurine articulée, et les temps de chargement entre les zones cassent parfois le rythme. Mais l’illusion tient, y compris dans les gros plans, et certains plans fixes — un couloir baigné de lumière bleutée, un atelier encombré d’outils miniatures — pourraient être encadrés tels quels. Peu de jeux assument une direction artistique aussi entière, jusque dans ses petits défauts qui, ici, ressemblent surtout à des traces de fabrication.

Une narration contemplative et humaine

Le cœur du jeu, c’est son rythme lent mais captivant. On ne court pas dans Harold Halibut. On flâne. On observe. On parle. On écoute. Le jeu accorde beaucoup d’importance à la vie quotidienne, aux relations entre habitants du vaisseau, à leurs rêves oubliés et leurs petites manies. Harold est souvent un témoin plus qu’un héros, et c’est ce regard doux-amer qui fait tout le sel de l’expérience. Chaque dialogue est doublé avec soin, avec des voix souvent subtiles et sincères, qui donnent vie à des personnages parfois farfelus, souvent très humains. Les thèmes affleurent sans jamais être assénés : le poids de la routine, la peur du changement, le deuil, la difficulté à se dire les choses au sein d’une famille recomposée par le hasard d’un naufrage. Harold, employé effacé d’un scientifique obsédé par le retour à la surface, sert de fil conducteur discret, et c’est à travers ses allers-retours et ses conversations anodines que se dessine peu à peu le portrait d’une société qui a cessé d’espérer sans vraiment s’en apercevoir.

Une ambiance sonore en apesanteur

La bande-son est discrète mais envoûtante. Elle accompagne les émotions sans jamais les forcer. Les nappes musicales viennent souligner une situation, un silence, un moment de flottement. Les bruitages du vaisseau – l’écho des pas, les portes qui glissent, les machines qui ronronnent – renforcent la sensation d’être enfermé dans un monde clos, suspendu sous l’eau. L’ambiance sonore participe pleinement à l’immersion et au charme unique de l’œuvre. On regrettera surtout l’absence de doublage français : tout se lit en sous-titres, ce qui oblige à quitter des yeux une image pourtant somptueuse, et pèse un peu sur les longues séquences de dialogue. La musique, signée par le groupe maison du studio, alterne entre folk feutré et sonorités électroniques rétro, et se fait suffisamment rare pour que chacune de ses apparitions marque.

Un gameplay simple, au service de la narration

Le jeu repose principalement sur des mécaniques d’exploration, de dialogue, et d’interaction avec des objets. Pas de combats, pas de puzzles complexes : on est là pour vivre une histoire, pas pour la dominer. Certains pourront reprocher un manque de gameplay traditionnel, mais ce serait passer à côté de ce que le jeu cherche à faire. Ici, c’est l’univers qui est le héros, pas le joueur. On devient peu à peu le témoin privilégié d’un éveil, d’un changement de conscience collective, d’un passage vers autre chose. Concrètement, on passe l’essentiel du temps à marcher d’un point à un autre, à déclencher des dialogues et à observer des saynètes. Il n’y a ni échec possible, ni game over, ni véritable énigme : la seule progression est narrative. Comptez une dizaine d’heures pour voir le générique, sans contenu annexe ni rejouabilité réelle, l’intérêt tenant entièrement à la découverte de l’histoire et de ses personnages. C’est peu si l’on raisonne en ratio prix-durée, beaucoup si l’on accepte de le prendre pour ce qu’il est.

Points forts

  • Esthétique en stop-motion absolument unique et poétique
  • Univers cohérent, riche et profondément humain
  • Doublage VO de qualité exceptionnelle
  • Narration mature et touchante, sans clichés
  • Une vraie œuvre d’art jouable, hors du temps

Points faibles

  • Rythme très lent qui peut dérouter certains joueurs
  • Pas de gameplay complexe : très narratif
  • Quelques petits bugs de collisions ou animations mineures

Mon avis

Harold Halibut est une expérience rare, presque fragile. Un jeu qui ose ralentir, qui ose regarder les choses autrement. C’est un poème aquatique sur le deuil, la routine, l’espoir, et l’humanité. Il ne plaira pas à tout le monde, mais ceux qui s’y laisseront glisser y trouveront une œuvre précieuse, sincère, et inoubliable. À mi-chemin entre le cinéma d’animation et le jeu vidéo, Harold Halibut est une preuve que le jeu indépendant peut encore surprendre, émouvoir et faire rêver autrement. Une aventure à vivre au calme, comme un vieux film qu’on redécouvre par hasard… et qui ne nous quitte plus. Il faut toutefois être honnête sur ce qu’il demande : une vraie disponibilité, l’acceptation d’un rythme qui ne s’emballe presque jamais, et l’envie de se laisser porter par des personnages plutôt que par un défi. Pris dans ces conditions, sur quelques soirées calmes plutôt qu’en une traite, c’est une des propositions les plus attachantes et les plus singulières de l’année, portée par un artisanat qu’on ne reverra sans doute pas de sitôt à cette échelle. Pris à contretemps, il paraîtra interminable. Tout dépend du moment où on l’ouvre.

Harold Halibut

Harold Halibut

Plongez dans cette aventure nautique où la curiosité vous guidera à travers l'épave d'un vaisseau spatial sur une planète inconnue composée d'eau. Lorsqu'une des scientifiques en chef encore à bord tente de résoudre la possibilité d'un relancement, le jeune concierge Harold est là pour l'assister. Rejoignez Harold dans ses maladroites entreprises pour animer la vie quotidienne étriquée du vaisseau de type arche et découvrez les secrets qui se cachent derrière ses portes.Une atmosphère sous-marine, un humour autoréflexif et des mécaniques d'aventure contemporaines constituent la base de ce jeu créé entièrement à partir de matériaux artisanaux.

Sortie : 16 avril 2024

Genres : Simulation, Enquête, Indé

Plateformes : Xbox Series X|S, PC (Microsoft Windows), PlayStation 5, Mac

Durée moyenne : 10 h

Note du jeu : Harold Halibut

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8

Où acheter le jeu :

Kinguin.net

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