Test du jeu Deus Ex: Mankind Divided

Ajouter :

Deus Ex: Mankind Divided est l’immersive sim cyberpunk d’Eidos Montreal, publié par Eidos Interactive Corp, sorti le 23 août 2016 sur PC, Mac, Linux, PS4 et Xbox One à 29,99 €. Suite directe de Human Revolution (2011), le jeu reprend Adam Jensen deux ans après l’Incident Aug, un attentat synthétique qui a fait basculer l’opinion publique contre les personnes augmentées : ségrégation institutionnalisée, quartiers sous contrôle militaire, fichage systématique. Le jeu poursuit la formule immersive sim qui a fait la réputation de la série — un genre où Deus Ex partage l’affiche avec Dishonored ou Prey, tous nés du même héritage System Shock — avec une liberté d’approche rarement égalée. Ce test revient sur ce que la Prague de 2016 a de plus réussi, et sur ce qui a définitivement empêché le jeu de tenir sa promesse de trilogie.

masquerFAQ : Rogueh vous répond
  • Quand est sorti Deus Ex: Mankind Divided et sur quelles plateformes ?Deus Ex: Mankind Divided est sorti le 23 août 2016 sur PC, Mac, Linux, PS4 et Xbox One au prix de 29,99 €. Le jeu a été développé par Eidos Montreal et publié par Eidos Interactive Corp.
  • Quel est le contexte de l'histoire et le rôle du personnage principal ?Le jeu se déroule deux ans après l'Incident Aug, un attentat synthétique qui a déclenché une vague de ségrégation contre les personnes augmentées. Le joueur incarne Adam Jensen, qui doit naviguer dans une Prague marquée par la ségrégation institutionnalisée, les quartiers sous contrôle militaire et le fichage systématique des augmentés.
  • Pourquoi Prague est-elle considérée comme le meilleur hub de la série ?Prague est une ville dense et verticale truffée de passages secondaires accessibles selon les augmentations choisies. Contrairement à Detroit dans Human Revolution, elle se parcourt en continu sans chargements artificiels. Elle offre une exploration riche avec des PNJ, des appartements fouillables et des toits accessibles, révélant constamment de nouveaux passages même après plusieurs heures.
  • Comment le système d'augmentations encourage-t-il la liberté d'approche ?Le système d'augmentations combiné à la gestion de l'énergie oblige à faire de vrais choix tactiques : investir dans l'invisibilité et le piratage ferme d'autres portes comme les bras de force ou le blindage. Les Praxis kits se trouvent en explorant plutôt qu'en suivant la trame principale, ce qui pousse naturellement à la curiosité et récompense aussi bien l'exploration minutieuse que l'improvisation.

Prague, le meilleur hub urbain de la série

Le hub central de Prague reste la plus grande réussite du jeu : une ville dense et verticale, truffée de passages secondaires accessibles selon les augmentations choisies, où n’importe quel bâtiment peut cacher une quête annexe ou un raccourci vers un objectif principal. Le design reflète parfaitement la philosophie immersive sim de la série : il y a presque toujours plus d’une façon d’atteindre un but, du piratage discret à l’infiltration jusqu’à l’affrontement frontal. Contrairement au Detroit de Human Revolution, plus segmenté en quartiers isolés par des chargements, Prague se parcourt en continu, un métro reliant les zones sans coupure artificielle. On y croise des PNJ qui commentent la situation politique du moment, des appartements fouillables truffés de courriels et de codes de coffre qui racontent des histoires en creux, et des toits entiers accessibles aux joueurs qui investissent dans les augmentations de saut et de planeur. C’est un des rares hubs de jeu vidéo où revenir sur ses pas, des heures après la première visite, révèle encore un passage qu’on n’avait pas remarqué.

Adam Jensen, augmenté et lunettes noires, devant un mur d'écrans de télévision dans un décor sombre et industriel
Vue à la première personne d'un fusil personnalisable dans une rue de Prague, avec silencieux, lunette, laser et munitions modifiables
Jensen braque un pistolet Zenith sur un policier lourdement armé dans une ruelle industrielle sombre

Une liberté d’approche rarement égalée

Cette liberté se retrouve à chaque mission : les objectifs principaux comme secondaires proposent presque systématiquement plusieurs chemins, récompensant aussi bien l’exploration minutieuse que l’improvisation en pleine action. Le système d’augmentations, combiné à la gestion de l’énergie qui les alimente, oblige à faire de vrais choix tactiques plutôt que de tout débloquer sans conséquence : miser sur l’invisibilité optique et le piratage à distance ferme d’autres portes, comme les bras de force qui permettent de déplacer des obstacles lourds ou le blindage qui encaisse les tirs. Les Praxis kits, la monnaie qui débloque ces augmentations, se trouvent en explorant plutôt qu’en suivant le fil rouge, ce qui pousse naturellement à la curiosité. Le mode Breach, une couche de piratage à part avec ses propres scores et son propre système de progression, a été perçu à sa sortie comme un vecteur de microtransactions plaqué sur le jeu principal — un reproche justifié, mais qui ne contamine jamais la campagne solo, entièrement jouable sans dépenser un centime de plus.

Le système de combat, en retrait derrière l’infiltration

Si l’infiltration et le piratage sont taillés avec précision, le combat frontal reste le parent pauvre de l’expérience. Les armes manquent de retour de sensation, les ennemis absorbent des munitions sans grande variété de comportement, et l’intelligence artificielle, correcte en alerte, se montre prévisible une fois le combat engagé ouvertement. Le jeu le sait et le compense en rendant la discrétion nettement plus gratifiante en XP et en ressources — mais un joueur qui préfère l’action pure y trouvera un système en retrait par rapport à des productions dédiées au genre. Les augmentations de combat (bras Tesla, canon Icare, camouflage actif) restent amusantes ponctuellement, en dernier recours face à une patrouille repérée, sans jamais devenir le cœur de l’expérience. C’est un déséquilibre assumé plutôt qu’un défaut caché : Mankind Divided reste avant tout un jeu de contournement, pas de confrontation, et son level design le confirme à chaque mission.

Une trame narrative qui s’interrompt sans conclusion

Le principal reproche fait au jeu à sa sortie tient toujours : conçu comme le premier épisode d’une trilogie qui ne s’est jamais concrétisée, le récit s’interrompt avec plusieurs fils narratifs jamais résolus. L’enquête d’Adam Jensen sur l’Illuminati et le réseau qui a orchestré l’Incident Aug se referme sur un point de suspension plutôt que sur une révélation, et le DLC narratif System Rift, censé faire le lien vers un troisième volet, n’a jamais eu de suite. C’est frustrant pour qui cherche une véritable conclusion, mais cela ne diminue pas la qualité du contenu proposé sur le moment — des missions annexes bien écrites, un quartier de Prague riche à explorer, et un système de piratage toujours aussi satisfaisant. Le contexte de production explique en partie cet abandon : la restructuration de Square Enix Europe et la réorientation d’Eidos Montreal vers d’autres licences ont eu raison du projet de trilogie, sans qu’aucune annonce officielle ne vienne jamais clore le dossier.

Plusieurs fils secondaires jamais résolus

Au-delà de l’intrigue principale, plusieurs personnages secondaires et enjeux politiques introduits en cours de route restent en suspens, sans que la suite jamais publiée ne vienne les résoudre. Le sort de Viktor Marchenko, l’antagoniste principal, la place réelle de Jensen au sein du réseau Juggernaut Collective, ou encore l’évolution du mouvement de ségrégation à l’échelle mondiale — tout cela est posé avec soin puis laissé en suspens. C’est particulièrement sensible pour qui s’investit dans le lore de la série et espère voir ces fils se refermer, d’autant que l’écriture des dialogues annexes, souvent la meilleure partie de l’écriture du jeu, laisse deviner un potentiel narratif jamais pleinement exploité. Les joueurs venus de Human Revolution reconnaîtront la même tension entre ambition scénaristique et contraintes de production qui avait déjà, dans une moindre mesure, marqué le premier épisode.

Durée de vie et rejouabilité

Comptez une quinzaine d’heures pour suivre uniquement la trame principale, et facilement vingt-cinq à trente heures en fouillant Prague de fond en comble et en menant toutes les quêtes annexes disponibles. La rejouabilité tient à la diversité des builds d’augmentations : un premier passage furtif et non létal raconte une histoire très différente d’un second passage orienté hacking pur ou confrontation directe, avec des dialogues et des zones qui changent en fonction des choix. Les sauvegardes multiples et le système de checkpoints généreux encouragent à expérimenter sans crainte de tout perdre. C’est un jeu qui récompense clairement l’investissement : les joueurs pressés qui foncent vers l’objectif principal passeront à côté de l’essentiel de ce qui fait sa richesse, tandis que ceux qui prennent le temps de fouiller chaque appartement et de lire chaque courriel en tireront un des meilleurs immersive sims de la décennie.

Graphismes et ambiance sonore

La direction artistique cyberpunk, mélangeant l’architecture Art Nouveau de Prague avec une technologie néon, reste l’une des plus cohérentes du genre, portée par la palette or et cuivre caractéristique de la série depuis Human Revolution. Le moteur Dawn Engine, développé en interne par Eidos Montreal, affiche une densité de détails impressionnante pour 2016 — affiches, graffitis politiques, éclairages dynamiques qui distinguent nettement les quartiers riches des quartiers sous contrôle militaire — même si les temps de chargement, notamment sur les consoles de l’époque, ont fait partie des critiques récurrentes au lancement. La bande-son électronique de Michael McCann et Sascha Dikiciyan installe une tension constante, particulièrement efficace pendant l’infiltration silencieuse, avec des nappes synthétiques qui montent en intensité à mesure que l’alerte grimpe. Le doublage anglais de Jensen, toujours par Elias Toufexis, conserve la voix rauque et blasée qui a marqué la série, et les dialogues annexes, souvent mieux écrits que la trame principale, profitent d’un travail de mise en scène soigné malgré des animations faciales parfois raides.

Points forts

  • Prague, le meilleur hub urbain de toute la série
  • Une liberté d’approche rarement égalée dans le genre
  • Une direction artistique cyberpunk très cohérente
  • Un système de piratage et d’augmentations toujours satisfaisant
  • Une rejouabilité réelle selon le style de jeu choisi

Points faibles

  • Une trame narrative principale qui s’interrompt sans conclusion
  • Plusieurs fils secondaires jamais résolus
  • Un système de combat frontal en retrait
  • Le mode Breach perçu comme un vecteur de microtransactions

Mon avis

Deus Ex: Mankind Divided offre l’un des meilleurs hubs urbains du genre immersive sim avec sa Prague dense et verticale, portée par une liberté d’approche rarement égalée ailleurs. C’est un jeu que je recommande sans hésiter à qui a aimé Human Revolution ou qui découvre la série avec Dishonored ou Prey en tête de référence : la formule est différente sur bien des points, mais l’esprit de conception — laisser le joueur inventer sa propre solution — est exactement le même.

Le fait que le jeu ait été conçu comme le premier épisode d’une trilogie jamais achevée pèse vraiment sur la conclusion narrative, mais ne diminue pas la qualité de ce qui est proposé sur le moment. J’ai fini ma première partie avec plus de questions que de réponses sur l’avenir du mouvement anti-augmentés et sur le rôle exact de Jensen dans les Illuminati, et il a fallu que j’accepte que ces réponses ne viendraient jamais. C’est une frustration réelle, mais elle ne rétroagit pas sur le plaisir manette en main pendant la trentaine d’heures que dure le jeu.

Le combat frontal, clairement en retrait, ne m’a jamais paru être un problème tant le jeu récompense l’approche furtive et le piratage — c’est un choix de conception plutôt qu’un défaut d’équilibrage mal maîtrisé. J’ai particulièrement apprécié la façon dont chaque appartement de Prague raconte une micro-histoire par ses objets et ses courriels, un niveau de détail rare qui donne à la ville une vraie densité de vécu plutôt qu’un simple décor entre deux missions.

Un excellent choix pour les amateurs d’immersive sim, à condition d’accepter une fin en suspens. Ceux qui cherchent avant tout une histoire bouclée devront faire une croix sur plusieurs réponses ; ceux qui viennent pour le plaisir d’explorer un monde crédible, taillé façon puzzle à plusieurs solutions, trouveront en Mankind Divided l’un des sommets du genre sur cette génération de consoles.

Deus Ex: Mankind Divided

Deus Ex: Mankind Divided

Deus Ex: Mankind Divided se déroule directement après les conséquences de l'Aug Incident, un jour où les citoyens augmentés mécaniquement du monde entier ont perdu le contrôle de leur esprit et de leur corps, entraînant la mort de millions d'innocents. Nous sommes maintenant en 2029, et l'âge d'or des augmentations est révolu. Les humains augmentés mécaniquement ont été déclarés parias et ségrégués du reste de la société. Le crime et les actes de terrorisme servent de façade pour dissimuler un vaste complot visant à contrôler l'avenir de l'humanité…

Sortie : 23 août 2016

Genres : Infiltration, FPS, TPS

Plateformes : PlayStation 4, Linux, PC (Microsoft Windows), Mac, Xbox One

Durée moyenne : 20-25 h

Note du jeu : Deus Ex: Mankind Divided

Scène de jeu futuriste où un personnage vise un policier lourdement armé avec un pistolet à laser, dans un environnement industriel délabréCapture d'écran 2 sur 3 du jeu Deus Ex: Mankind Divided — test et critique sur RogueH24Capture d'écran 1 sur 3 du jeu Deus Ex: Mankind Divided — test et critique sur RogueH24
8

Où acheter le jeu :

Kinguin.net

Suggestions Les mieux notés de la rédaction

Partager

Laisser un commentaire

Donnez votre avis sur ce jeu

Un compte est gratuit et vous ouvre :

  • Noter les jeux et publier votre avis — +10 XP à chaque fois
  • Importer votre bibliothèque Steam dans votre backlog
  • Monter en rang et débloquer de vraies clés de jeu

Continuer avec Google Créer un compte J’ai déjà un compte