Test du jeu Broforce
Broforce est un run and gun à défilement horizontal développé par le studio sud-africain Free Lives et publié par Devolver Digital, sorti en octobre 2015 à 14,79 € après plusieurs années d’accès anticipé sur Steam. Vous commandez une organisation paramilitaire sous-financée et surarmée, composée de parodies à peine déguisées des héros de films d’action des années 80 et 90, lâchée sur des niveaux entièrement destructibles pour y répandre la liberté à grand renfort de violence. Le jeu ne se prend jamais au sérieux une seule seconde, et il transforme le chaos en véritable principe de design plutôt qu’en simple habillage. Dans un genre où le run and gun classique (Contra, Metal Slug) mise sur la précision du geste, Broforce préfère la démesure : plus c’est bête, plus c’est efficace, et l’accès anticipé prolongé lui a permis de peaufiner cette idée pendant des années avant sa sortie définitive.
- Qu'est-ce que Broforce et qui l'a développé ?Broforce est un run and gun à défilement horizontal développé par le studio sud-africain Free Lives et publié par Devolver Digital. Le jeu est sorti en octobre 2015 à 14,79 € après plusieurs années d'accès anticipé sur Steam. Il met en scène une organisation paramilitaire composée de parodies de héros de films d'action des années 80 et 90.
- Comment fonctionne le système de personnages dans Broforce ?Le jeu propose une quarantaine de personnages appelés « Bros » (comme Rambro, Brommando, Bro Hard, etc.), chacun étant une parodie d'une icône du cinéma d'action. À chaque mort, vous renaissez dans la peau d'un Bro aléatoire tiré de cette liste. Chaque personnage possède une arme principale, une attaque spéciale et un style de déplacement unique. Libérer un otage débloque un nouveau Bro pour la partie en cours.
- Pourquoi le système de sélection aléatoire des personnages est-il une bonne décision de design ?L'absence de choix du personnage empêche de se reposer sur un personnage confortable et oblige à réapprendre en permanence, ce qui colle parfaitement au rythme effréné du jeu. Cela transforme le gameplay en improvisation constante plutôt qu'en optimisation d'un build, ce qui renforce l'expérience chaotique voulue par les développeurs.
- Quel est le concept central de Broforce ?La vraie idée du jeu est la destruction totale des niveaux. Sol, plateformes, structures : tout s'effondre, brûle ou explose. Les joueurs avancent autant en sculptant le terrain qu'en tirant, créant des réactions en chaîne spectaculaires. En coopération à quatre, cela devient une anarchie contrôlée où la frontière entre un nettoyage brillant et un suicide collectif tient à une demi-seconde de décalage.
Une quarantaine de Bros, jamais choisis
Chaque mort vous fait renaître dans la peau d’un « Bro » aléatoire, tiré d’une liste d’une quarantaine de personnages : Rambro, Brommando, Bro Hard, MacBrover, Snake Broskin et bien d’autres, chacun une parodie assumée d’une icône du cinéma d’action. Chacun possède une arme principale, une attaque spéciale et une particularité de déplacement propre : l’un lance des couteaux en éventail, l’autre pose des mines, un troisième distribue des coups de pied sautés qui traversent plusieurs ennemis. On ne choisit jamais son personnage, on s’adapte à celui qu’on obtient, et libérer un otage prisonnier dans le niveau débloque un nouveau Bro à la volée pour la partie en cours — le jeu devient donc de l’improvisation constante plutôt que de l’optimisation d’un build. Cette absence de choix, qui pourrait frustrer sur le papier, est en réalité la meilleure décision de design du jeu : elle empêche de se reposer sur un personnage confortable et oblige à réapprendre en permanence, ce qui colle parfaitement au rythme effréné voulu par les développeurs. Certains Bros sont clairement plus forts que d’autres au corps à corps ou à distance, et une bonne partie du sel du jeu vient justement de la gestion de cette inégalité assumée.



La destruction totale des niveaux, l’idée centrale
La vraie idée du jeu, c’est la destruction totale des niveaux. Sol, plateformes, végétation, structures : tout s’effondre, brûle ou explose, à l’exception de quelques éléments de décor purement esthétiques. Un seul baril rouge peut déclencher une réaction en chaîne qui rase la moitié d’un écran, ennemis et alliés compris, et il n’est pas rare de creuser soi-même un tunnel à coups de roquette pour contourner un poste de garde plutôt que de l’affronter de front. On avance autant en sculptant le terrain qu’en tirant, et la frontière entre un nettoyage spectaculaire et un suicide collectif tient souvent à une demi-seconde de décalage entre l’appui sur la gâchette et l’effondrement du sol sous ses pieds. En coop à quatre, ça devient une anarchie glorieuse où on tue ses coéquipiers presque aussi souvent que les ennemis, simplement parce que personne ne surveille où atterrit sa propre roquette. Cette destructibilité n’est pas un gadget technique : elle change concrètement l’approche de chaque salle, puisqu’un chemin qui n’existait pas au départ peut être créé de toutes pièces à la seconde où la patience manque.
Un jeu bâti sur l’hommage au cinéma d’action
Au-delà du gameplay, Broforce est aussi une déclaration d’amour au cinéma d’action des années 80 et 90, et cette dimension mérite qu’on s’y attarde tant elle infuse chaque recoin du jeu. Les noms des Bros sont des jeux de mots assumés — Brobocop pour Robocop, The Broninator pour Terminator, Indiana Brones pour Indiana Jones, Ellen Ripbro pour Ripley d’Alien — et chacun reprend une pose, une arme ou une réplique caractéristique de son modèle avec un vrai souci du détail de la part des développeurs, visiblement nourris aux mêmes films que leur public. Les combats de boss poussent le même principe plus loin : certains affrontements sont des parodies directes de scènes cultes, avec des monstres géants façon films de créatures ou des adversaires blindés qui rappellent explicitement un antagoniste de blockbuster. Le ton reste toujours au second degré assumé, jamais méchant envers ses références, et c’est précisément ce clin d’œil permanent qui donne au jeu une identité que la simple destruction de décor n’aurait pas suffi à créer. Un joueur qui n’a jamais vu ces films profitera quand même du chaos, mais celui qui les reconnaît gagne une couche de lecture supplémentaire à chaque nouveau personnage débloqué.
Le mode versus, l’autre moitié du jeu
À côté de la campagne coopérative, Broforce propose un mode affrontement où les joueurs s’opposent directement sur des arènes plus resserrées, avec les mêmes règles de destruction totale du décor. C’est un ajout qui change complètement la lecture du titre : là où la campagne pousse à avancer ensemble malgré les tirs amis accidentels, le versus en fait un objectif assumé, où saborder le terrain sous les pieds de l’adversaire devient une vraie tactique. Le même roster de Bros s’y retrouve, avec les mêmes déséquilibres entre personnages — un choix qui fonctionne mieux en versus qu’en campagne, puisque l’aléatoire y est retiré et que chacun peut choisir son favori pour la partie. C’est clairement un mode secondaire par rapport à la campagne, moins profond qu’un jeu de combat dédié, mais il prolonge honnêtement la durée de vie pour un groupe qui a déjà fini l’aventure principale et cherche une excuse pour rallumer la console un soir de plus.
Une campagne courte qui finit par tourner en rond
La campagne dure cinq à six heures sur des niveaux très courts, ponctués de combats de boss et de fuites chronométrées où l’écran défile tout seul et où il faut courir, sauter et détruire plus vite que la limite qui le pousse. C’est conçu pour des sessions courtes, une poignée de niveaux à la fois plutôt qu’une longue traite. Sur la durée, la formule montre ses limites : le bestiaire se répète vite d’un monde à l’autre, la difficulté repose beaucoup sur des morts en un coup frustrantes plutôt que sur un vrai apprentissage, et une mauvaise chance de personnage peut vous coller trois Bros faibles d’affilée juste avant un passage exigeant. Un éditeur de niveaux intégré, couplé au Steam Workshop, prolonge significativement l’expérience pour qui accroche : la communauté a produit des milliers de niveaux, certains reprenant fidèlement des scènes de films entiers, d’autres poussant la destruction jusqu’à l’absurde. C’est cette extension communautaire, plus que la campagne officielle, qui explique la longévité réelle du jeu depuis sa sortie.
Graphismes et ambiance sonore
Le pixel art franc et lisible fait le travail : les explosions remplissent la moitié de l’écran, les silhouettes restent claires dans le chaos malgré le nombre d’éléments affichés simultanément, et les animations d’effondrement des structures sont un petit spectacle en elles-mêmes, presque hypnotique à force de voir un pont entier s’écrouler dans un nuage de débris pixélisés. Chaque Bro a une silhouette suffisamment distincte pour rester identifiable même en pleine mêlée à quatre joueurs, ce qui compte quand l’écran est saturé de flammes et de shrapnel. La bande-son synthétique pastiche avec application les musiques d’action de l’époque, guitares hurlantes et nappes héroïques en tête, et elle monte en intensité pile au moment où un niveau bascule dans le grand n’importe quoi. Les effets sonores, volontairement disproportionnés, vendent bien chaque impact — un simple pistolet sonne déjà comme une arme de guerre, et une explosion en chaîne fait littéralement trembler les enceintes. Le jeu n’a pas vieilli d’un pixel depuis sa sortie, précisément parce qu’il visait dès le départ une esthétique déjà rétro et assumée comme telle.
Points forts
- Des niveaux intégralement destructibles qui font du décor une arme
- Une quarantaine de Bros parodiques, chacun avec sa mécanique
- Un pixel art lisible et des explosions jubilatoires
- Coop jusqu’à quatre, chaotique et hilarante
- Éditeur de niveaux et contenu communautaire
- Windows, Mac et Linux
Points faibles
- Un bestiaire qui tourne vite en rond sur la longueur
- Des morts instantanées parfois plus frustrantes que difficiles
- L’aléatoire des personnages peut punir sans raison
- La campagne solo s’essouffle avant la fin
Mon avis
Broforce sait exactement ce qu’il est, et c’est sans doute sa plus grande force : jamais le jeu ne cherche à être autre chose qu’un défouloir référentiel, et il ne triche jamais sur cette promesse du début à la fin. Son idée forte — des niveaux entièrement destructibles poussés à leur conséquence logique — n’avait jamais été explorée avec autant de constance dans le genre, et sur le canapé entre amis, c’est encore aujourd’hui, dix ans après sa sortie, l’une des meilleures soirées que le run and gun puisse offrir.
La coopération à quatre reste le meilleur contexte pour en profiter, celui où l’aléatoire des personnages et le tir ami accidentel deviennent des sources de rire plutôt que de frustration. C’est là que le pixel art, la bande-son pastiche et l’humour référentiel s’assemblent le mieux : personne ne prend le jeu au sérieux, tout le monde en profite pareillement, et les échecs collectifs racontent souvent de meilleures histoires que les victoires propres.
En solo, l’expérience change de nature. La répétition mord plus vite, l’aléatoire des Bros agace davantage quand personne n’est là pour en rire avec vous, et les morts instantanées pèsent plus lourd sur le moral d’une seule personne que sur un groupe qui se relance mutuellement. Le mode versus et l’éditeur de niveaux compensent partiellement, mais ils demandent un minimum d’investissement pour révéler leur intérêt, ce qui n’est pas la promesse de départ du jeu.
Le prix reste modeste au regard de ce que propose le jeu, surtout une fois qu’on ajoute l’éditeur et des années de créations communautaires accumulées sur le Workshop. Ce n’est pas un jeu qui cherche la profondeur ou la nuance : c’est un concentré d’explosions, de références et de mauvaise foi ludique assumée, qui vise un objectif précis et l’atteint sans jamais dévier.
Un très bon défouloir, à prendre pour ce qu’il vise plutôt que pour sa profondeur — et à réserver en priorité aux soirées entre amis plutôt qu’aux sessions solitaires.

Broforce
When evil threatens the world, the world calls on Broforce - an under-funded, over-powered paramilitary organization dealing exclusively in excessive force. Brace your loins with up to four players to run ‘n’ gun as dozens of different bros and eliminate the opposing terrorist forces that threaten our way of life. Unleash scores of unique weapons and set off incredible chain reactions of fire, napalm, and limbs in the name of freedom.
Sortie : 15 octobre 2015
Genres : Arcade, Plateforme, Shooter
Plateformes : PlayStation 4, Linux, PC (Microsoft Windows), Mac, Xbox One, Nintendo Switch
Durée moyenne : 5-6 h
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